Un crunch marin aux allures de revanche

Le XV de France de France n’a pas pu barrer la route à l’Angleterre durant le Tournoi des 6 Nations mais d’autres ont brillamment sauvé l’honneur. L’équipe masculine du Rugby Club de la Marine Nationale s’est imposée 28-6 au stade Mayol face à l’équipe de la Royal Navy le 23 mars dernier. Les militaires français ont remporté ce crunch militaire, nommé Trophée Babcock, pour la troisième fois consécutive et ont égalisé 6 victoires partout contre la Navy par la même occasion. Assurément Rugby est allé à la rencontre de Jean-Claude Soulé, Commissaire général de 1ère classe (2S) et ancien Président de l'association “Les Amis du Rugby club de la Marine Nationale” pour recueillir ses impressions sur cette confrontation.

Pouvez-vous nous parler de la situation avant ce match?

Pas un seul match de préparation, un recrutement miné par des aléas de toutes sortes, des blessés et des absents pour raisons de service variées, un encadrement tout neuf, valeureux certes mais sans expérience … Bref, pour la première fois depuis dix ans, personne n’avait la moindre idée du niveau de jeu que pouvait produire ce groupe français et encore moins du degré de cohésion qu’il pourrait montrer sans avoir jamais joué le moindre match. En face s’avançait un ensemble sûr de sa force, confiant en ses capacités démontrées par six victoires en autant de rencontres disputées depuis le début du mois de février. Conscients des faiblesses relevées lors des prestations précédentes à Toulon, les «coaches» britanniques avaient privilégié la maturité ainsi que l’expérience et composé un groupe aguerri paré à résister à la tempête que l’on pressent toujours devoir s’abattre sur le visiteur de Mayol. Décidés enfin à gagner à Mayol parce que pour un Britannique « Mayol ou Portsmouth, ce doit être pareil ! » Bref, il n’y avait pas de quoi fanfaronner.

Selon vous, quel élément extérieur à l’équipe des militaires français a pu faire que la Royal Navy n’a pas réussi à avoir le dessus lors de ce Trophée Babcock 2016 ?

On glose souvent sur l’incapacité qu’auraient les équipes de rugby françaises à produire leur véritable niveau de jeu lorsqu’elles évoluent en terrain adverse. Et, à l’inverse, on loue la capacité des ensembles britanniques à s’exprimer à leur meilleur quel que soit le terrain proposé. On peut aujourd’hui se demander si l’objectif de resserrement des liens entre les marines française et britannique, qui fût à l’origine des rencontres de rugby annuelles il y a onze ans, n’a pas été si parfaitement atteint que, sous cet aspect, la culture française imprègne désormais complètement les rugbymen de la Royal Navy. Pour qui connait les traditions, les moyens, les structures de la Royal Navy Rugby Union, la compétence de l’encadrement et des joueurs ainsi que la qualité et le degré de leurs préparations, il est invraisemblable que les quatre dernières rencontres disputées en terre française se soldent par un score de 113 points à 19 pour les couleurs tricolores, soit un écart moyen de 24 points ! A n’en pas douter, la décision de déplacer le lieu de nos retrouvailles en France de Paris à Toulon, il y a six ans et, plus encore, de les faire disputer au stade Mayol a probablement changé le cours de l’histoire de nos rencontres. Il ne fait aucun doute que l’ambiance électrique, partisane, vociférante, passionnée, chaleureuse et tellement « sudiste » du stade Mayol impressionne n’importe quel adversaire. C’est vrai pour tous ceux qui viennent défier le RC Toulon dans son antre, c’est vrai pour chaque venue des marins britanniques. Foutaises, diront ceux qui songent que ce sont les mêmes qui défient chaque année l’Army britannique dans un stadium de Twickenham plein à craquer. Sans doute … Mais, pour ne pas se retourner plus loin que cet hiver, comment le RCT a-t-il pu battre les Wasps et Bath dans deux matches décisifs, alors que, ces jours-là, il était incontestablement moins fort que ses deux adversaires ? Eh bien parce que la magie de Mayol a, une nouvelle fois, opéré.

Pouvez-vous nous résumer ce match au sommet ?

Nous avons déjà largement évoqué la part des sortilèges de Mayol dans le désappointement britannique. Dans ce match le mal a frappé à retardement. Parce qu’au bout de 20 minutes, de deux essais et six points au pied laissés en route par nos marins, la Royal Navy était bord à bord avec le RCMN et un score de 6 à 6. Sans compter une mêlée qui tenait la route en justifiant amplement le choix des coaches. On ne le savait pas encore mais nos hôtes avaient juste retardé l’échéance. A partir de ce moment, le tableau de marque allait comptabiliser 22 points pour nos marins contre zéro pour un score final de 28 à 6, conforme à la moyenne des confrontations toulonnaises avec la Royal Navy. Une chandelle, un en-avant sous les poteaux d’Humphrey, leur arrière et la mêlée suivante allait engendrer une « quatre vingt-neuf » d’école pour l’essai de Thomas Dufau. Après la bagarre générale qui allait suivre, il était clair que la première faute grossière entraînerait un carton jaune pour son auteur, à quelque camp qu’il appartienne ! Il ne fallut que quelques secondes à Ben Fox pour déséquilibrer, sur la touche suivante, Alex Fernandes-Lima dans son envol … et aller se reposer illico sur le banc. Allait suivre le deuxième essai français pour un écart de quatorze points à la mi-temps et une mêlée britannique privée de son meilleur atout avec le carton rouge de son pilier gauche. Le match était joué.

Quelles ont été les forces de l’équipe française ?

Les joueurs ont fait preuve de courage, de discipline, de cohésion, de talent et de maîtrise technique. On n’a jamais eu d’inquiétude pour le courage. C’est la marque de fabrique de chacune de nos équipes, garçons ou filles, depuis la création du RCMN. Personne ne s’est jamais sorti du chemin et aucun groupe n’a jamais lâché un match. Mercredi n’a pas failli à cette obligation qui est aussi le minimum demandé. A part un ou deux errements en seconde mi-temps, on peut être satisfait de la discipline de chacun de nos joueurs en plusieurs circonstances. Cela leur a permis d’éviter de sortir de leur match ce qui aurait pu se produire en fin de première mi-temps ou en milieu de la seconde si le self-control leur avait échappé et l’issue du match eût pu alors être remise en cause. Mais la véritable différence s’est faite sur la cohésion, le talent et la maîtrise technique. Grâces soient rendues aux nouveaux entraîneurs qui ont réussi à forger la solidarité et la cohésion du groupe en quelques jours de stage sans que jamais une véritable opposition puisse valider leurs options et leur fournir des indices sur le niveau de jeu susceptible d’être pratiqué par leur groupe. Ils ont brillamment réussi un examen de passage délicat et attendu avec autant de curiosité que d’affection par leurs anciens. Bravo à eux.